Un espace public au cœur du campus de l’Université de Toronto

La rue St-George et ses abords réaménagés | Crédit : regionalArchitects
Dans la foulée de la Toronto Pedestrian Charter, adoptée par l’administration municipale en 2002, et s’inspirant du concept Road Diet ou « régimes routiers », plusieurs rues ont été réaménagées afin d’allouer plus d’espace aux piétons et aux cyclistes. 

Ce concept consiste à réduire l’espace accordé aux transports motorisés par la réduction du nombre et la largeur des voies de circulation. L’espace récupéré est réorganisé pour accommoder les piétons et les cyclistes. De plus, des mesures d’apaisement de la circulation sont mises en place pour réduire la vitesse de circulation des véhicules et le débit automobile.

La rue Saint-George, entre les rues College et Bloor, au cœur campus de l’université de Toronto, accueillait une circulation automobile, piétonne et cycliste relativement dense, qui provoquait certaines situations conflictuelles entre les usagers. Au cours des années 1990, l’axe de 1,8 kilomètre de long nécessitant des travaux de réfection majeurs. Ce fut l'occasion de repenser l’aménagement de la rue afin qu'elle s’intégre au campus de façon harmonieuse et réponde adéquatement aux besoins de tous les usagers qui la fréquentent.

Les objectifs du projet sont les suivants :   

  • L’augmentation de la fréquentation piétonne;
  • L’amélioration de la qualité de l’espace voué aux piétons en améliorant l'espace qui leur est réservé;
  • La réduction du débit et de la vitesse automobile;
  • L’accroissement de la surface des espaces verts et ouverts existants.

Les mesures mises en place

Le nombre de voies de circulation a été réduit de quatre à deux. La largeur de la chaussée a été réduite de 14 mètres à une largeur variant de 9,5 à 12,2 mètres selon les différents tronçons.

Les trottoirs, dont la largeur variait entre 1,5 et 2 mètres, ont été élargis à 5 mètres ou plus. Des bandes cyclables unidirectionnelles, qui existaient avant le réaménagement sur une petite partie de la rue St-George, ont été rallongées sur l’ensemble du tronçon, garantissant un accès cyclable au campus. Toutefois, leur largeur a été légèrement réduite afin de donner plus d’espace aux piétons sur les trottoirs.

Des passages pour piétons ont été implantés à chacune des intersections et aussi à certains endroits entre deux intersections lorsque l’achalandage le justifiait. Du pavé uni très visible a été installé afin de marquer la différence entre la chaussée et les passages pour piétons.

Du mobilier urbain, bancs et fontaines, a été installé à proximité des accès des bâtiments de l’université. Des bandes de verdure, incluant des arbres, ont été implantées entre le trottoir et la chaussée. Celles-ci accroissent la quantité et l’intensité des zones d’ombre. De plus, elles agissent comme zone tampon entre la chaussée et l’espace voué aux piétons, diminuant ainsi le niveau de bruit. L’éclairage urbain mis en place accroit la visibilité des piétons.

Les résultats du projet

La réduction de la chaussée à une seule voie dans chacune des directions empêche toute forme de dépassement et incite donc à rouler à une vitesse constante. La présence de nombreuses petites places publiques aux abords de la rue garantit une présence piétonne accrue, encourageant les automobilistes à réduire leur vitesse de circulation. Sur une période de six ans suivant le réaménagement complet de la rue St-George, les autorités torontoises attestent une réduction de 40 % du nombre d’accidents, tous les types d’usagers de la route confondus.

Le débit de circulation sur la rue St-Georges est resté sensiblement le même, soit 16 000 véhicules par jour, dont 7 300 durant la période de pointe. Cependant, les véhicules circulent à une vitesse moins élevée et les autres usagers de la route bénéficient aujourd’hui d’un espace de circulation plus confortable. Le débit de cyclistes a augmenté de 10 % étant estimé à 1 600 cyclistes par jour en 2003.

Selon un sondage réalisé auprès du personnel de l’université de Toronto, les améliorations apportées au cadre bâti créent « une ambiance d’accueil ». Ces changements sont considérés comme une plus-value par l’université afin d’attirer de nouveaux étudiants, des chercheurs et des membres de corps professoral. Depuis 2001, la rue est utilisée pour la tenue d’événements communautaires, la Ville de Toronto ferme aux véhicules et ouvre aux piétons une partie de la rue lors des activités liées au Car Free Day, En ville sans ma voiture à Montréal.

Les retombées du projet

Ce projet a influencé une nouvelle façon de concevoir le réaménagement de la voirie et des espaces publics adjacents, soit une opportunité de faire différemment. Les travaux normaux de réfection routière deviennent une occasion de réfléchir à une nouvelle façon de définir et concevoir les rues comme des espaces publics accessibles à tous les types d’usagers.

Un effet est aussi perceptible à plus grande échelle. En raison du succès du projet, la Ville de Toronto a entrepris une série de réaménagement s’inspirant du modèle développé pour la rue St-George. Un projet novateur, fruit d’un partenariat entre les pouvoirs publics, les propriétaires riverains et la société civile, qui influence les pratiques d’aménagement à l’échelle de la ville de Toronto.

Les partenaires du projet

L’université de Toronto, propriétaire de la majorité des bâtiments adjacents à la rue St-George, fut aussi promoteur du projet au même titre que la Ville de Toronto. Certains groupes de citoyens et des organismes locaux ont participé aux discussions qui ont précédé l’élaboration de concept d’aménagement.

En savoir plus sur le projet de la rue St-George :

Revitalisation de la rue St. George : « régimes routiers » à Toronto Transport Canada

Recent Campus Planning Initiatives, Toronto University

St. George Street, Brown + Storey Architects

En savoir plus sur le concept de Road Diet :

Burden, D. et Langerwey, P., Road Diet – Fixing the big road, Walkable Communities, March 1999

Légende: 
Localisation de la rue St-George à Toronto