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La ville, c'est nous : changer le monde

Publié par le dans Démocratie et citoyenneté

Le samedi 28 mars, Exeko a organisé une table ronde invitant les citoyens à penser leur ville autrement, pour s'inscrire dans le tout nouveau mouvement bouillonnant initié par Cities for People au Canada, La ville c'est nous (We Are Cities). L'idée était de rassembler autour d'une table ronde une trentaine de citoyens issus de mouvements sociaux divers qui avaient déjà amorcé une réflexion sur leur ville, qu'ils soient élu de la ville, membre d'associations de voisins, citoyen engagé dans leur quartier, anarchiste performeur ou artiste nomade (j'ai presque envie de dire que l'on aurait pu y inviter n'importe lequel d'entre nous!), et de faire émerger des recommandations sur la ville de demain. Parmi les invités, Daniel Pelchat, auteur de l'excellent blogue lacloture.ca et ancien participant idAction. Ci-après, il raconte cette journée sur son blogue.

Changer le monde, par Daniel Pelchat

Samedi le 28 mars j’ai été invité à un événement un peu spécial. J’ai attendu une semaine pour en parler car j’ai été submergé de toutes sortes d’émotions que j’ai essayé d’organiser. Je dis bien essayé. Je vais tenter d’expliquer ce que j’y ai vu en respectant la vie privée des gens qui y étaient. C’est un défi car c’est de ces gens que j’ai envie de parler.

J’ai déjà discuté de mes premiers jours de « liberté » et que j’étais plus facilement ému. Quelqu’un me faisait un sourire et ça me bouleversait. Avec les mois ça a heureusement fini par se placer mais samedi dernier, avec tous ces gens trop gentils, je me retrouvais comme à ma sortie.

Cet événement a été organisé par exeko et l’Université de Foulosophie (j’en oublie peut-être). C’était une table ronde pour commencer une réflexion globale sur une « transformation radicale de la société pour les Citoyens et par TOUS les citoyens. » Selon le dépliant qu’on m’a envoyé, « 30 à 50 citoyens déjà engagés dans une réflexion sur la Ville » avaient été invités. Ça fait partie de WE ARE CITIES.

J’étais appréhensif car je ne savais pas trop ce que je pourrais bien dire sur la ville. J’ai vécu la majeure partie de ma vie en banlieue de Québec. Je ne suis à Montréal que depuis juin 2013 et, jusqu’à maintenant, je n’ai pas grand-chose à en dire à part que c’est une ville que j’aime beaucoup.

On m’a expliqué qu’on aimait bien mon blog et que je pourrais sûrement apporter quelque chose à la conversation.

Lorsque je suis arrivé, j’étais un peu timide (comme d’habitude) et je me promenais en attendant que ça commence. Une toute jeune fille est venue me parler et m’a demandé ce que je faisais dans la vie etc. Elle était bien sympathique. Nous étions au deuxième étage de la Maison du développement durable et nous avions une belle vue sur la rue Sainte-Catherine. Il y avait un stationnement juste en face avec des dizaines de voitures de polices. Cette jeune fille s’est mise à me parler, avec le regard lumineux, de la manifestation qui devait passer juste sous nos yeux dans l’après-midi. Elle aurait bien aimé en être. C’était beau de la voir.

D’autres personnes sont venues me parler. Tout le monde était très gentil. C’était très touchant. La plupart connaissaient mon blogue ou la lettre que j’avais écrite pour remercier exeko l’année dernière :

Bonjour,

J’écris ce petit message pour vous dire que j’ai lu un peu sur Internet ce que vous faites et ça me touche beaucoup.

J’ai personnellement reçu des cours avec le programme idAction lorsque j’étais en prison en 2008. Je n’ai malheureusement pas pu finir le programme parce que j’ai été extradé vers les États-Unis par surprise alors que mes procédures étaient encore en cours.

Je dois vous dire que ces ateliers ont fait une différence pour moi. J’ai encore les yeux plein d’eau lorsque j’y repense. Une fois par semaine je pouvais avoir une rencontre avec quelque chose de beau, qui me redonnait l’espoir dans l’être humain.

Les années n’ont pas toujours été faciles mais la petite graine qu’Exeko a semé en moi avec ses ateliers m’a accompagné et a poussé. Ça m’a donné le goût de faire partie de quelque chose de plus grand que moi. Je savais que dehors il y avait des gens qui collaboraient pour faire un monde meilleur. En prison il faut faire attention pour ne pas devenir cynique.

Encore merci pour votre beau travail.

Des gens me disent que je ne devrais pas dire que j’ai fait de la prison. Je peux comprendre que ça peut intimider certaines personnes mais les relations les plus significatives que j’ai eues, c’est avec les gens à qui je n’ai rien caché. Malgré que j’aie eu beaucoup de déceptions dans ma vie, depuis ma sortie les gens me déçoivent rarement quand je suis transparent avec eux.

C’était beau de participer à ces ateliers et d’écouter ces jeunes gens en discuter avec passion. Il y avait des idées extravagantes mais on était là pour rêver.

Il y avait aussi cinq personnes de Christiania au Danemark. C’est une ville en plein milieu de Copenhague qui n’a pas de loi ou de police. C’est génial comment ça fonctionne. Je n’en discuterai pas ici car le but de cette table ronde n’était pas de tout savoir sur cette ville. Il a eu une conférence plus tard dans la semaine expressément pour ça. Ils étaient avec nous pour qu’on puisse s’inspirer de certaines de leurs idées.

C’était bizarre cette journée car ça me rappelait beaucoup les ateliers que nous avions à Rivière-des-Prairies avec le programme idAction de exeko. On discutait beaucoup de la société; des changements qu’on souhaiterait y voir et les moyens pour y arriver. Les discussions de ce samedi me ramenaient souvent en arrière.

Ce paragraphe est pour la personne qui donne ce cours présentement à Rivière-des-Prairies. Il est vrai que ce cours est une belle occasion pour sortir du secteur et d’oublier cette jungle. Mais pendant ce court laps de temps, il y a des idées, des impressions qui s’impriment en nous. Pour certains d’entre nous elles restent toute la semaine. Malgré les ténèbres autour de nous, il reste une étincelle de beauté qui nous aide à survivre. Je me souviens que je me réveillais à 5h00 du matin pour faire mes devoirs avant que la vie folle recommence, avant que j’aie à aller préparer les déjeuners pour tout le monde, avant que les gens viennent cogner à ma porte pour me raconter leurs enfantillages… J’étais seul dans mes pensées et dans ce monde imaginaire qu’on essayait de « construire ».

Depuis quelques semaines je regarde ce qui se passe dans nos rues. Je vois les commentaires des gens un peu partout. Qu’on soit d’accord avec ce que les gens demandent ou non, on ne peut pas être contre le droit de manifester son désaccord. Comment en vouloir à des gens qui veulent rendre le monde plus beau? Je regarde les gens qui se plaignent des étudiants en ne faisant pas grand-chose mais qui seraient les premiers à se plaindre si on touchait à leur fond de pension. Ces gens me font honte.

L’indifférence, le cynisme et la haine sont les pires choses qui peuvent arriver à une société.

Parce que des gens qui ont changé le monde, il y en a eus. Et la chose que tous ces gens avaient en commun, c’était de croire que c’était possible.

Le changement ça commence par soi-même, se rendre compte que nos choix ont une influence sur la vie des autres, que le bonheur n’est pas dans les possessions matérielles, avoir de la compassion et de l’empathie pour autrui…

Je regarde la jeunesse d’aujourd’hui et j’ai confiance. Ceux que je rencontre croient que c’est possible de faire une différence. Ceux que je rencontre ont ce souci de vivre dans une plus belle société.

Ce samedi-là je suis parti bouleversé. Ceux qui m’ont parlé là-bas l’ont sûrement remarqué. Je remercie beaucoup les gens à qui j’ai parlé, vous vous reconnaissez. Il y a des gens comme ça qui font une différence dans notre vie sans qu’ils en fassent nécessairement partie. Vous me redonnez confiance en l’humain.

Merci à Daniel d'avoir partagé son texte avec nous.

Photos : Sarah Bengle pour Exeko

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Invité samedi, 21 avril 2018

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